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Publié le 26 janvier 2022

Dans l'Eglise, ce mois ci...

  • Dimanche de la Parole de Dieu (23.01.2022)

     Homélie de Pape François, Vatican - Basilique Saint-Pierre                                                                                                                                      

Dans la première lecture et dans l’Évangile, nous trouvons deux gestes parallèles : le prêtre Esdras place le Livre de la Loi de Dieu en hauteur, l’ouvre et le proclame devant tout le peuple et Jésus, dans la synagogue de Nazareth, ouvre le rouleau de l’Écriture Sainte et lit un passage du prophète Isaïe devant tout le monde. Ce sont deux scènes qui nous communiquent une réalité fondamentale. Ce n’est pas nous, avec nos paroles, qui sommes au centre de la vie du Peuple saint de Dieu et du chemin de la foi, nous avec nos paroles. Au centre se trouve Dieu avec sa Parole. Tout a commencé par la Parole que Dieu nous a adressée : dans le Christ, sa Parole éternelle, le Père nous a choisis avant la fondation du monde. Par sa Parole, Dieu a créé l’univers : Il parla et ce qu’Il dit exista ! Depuis les temps anciens, Il nous a parlé par les prophètes et enfin, dans la plénitude des temps, Il nous a envoyé sa propre Parole, le Fils unique. C’est pourquoi, une fois terminée la lecture d’Isaïe, Jésus annonce dans l’Évangile une chose inouïe : « Aujourd’hui, s’accomplit ce passage de l’Écriture. » Elle s’est accomplie, la Parole de Dieu n’est plus une promesse mais elle s’est réalisée. Elle s’est incarnée en Jésus par l’action de l’Esprit-Saint, elle est venue habiter parmi nous, elle veut demeurer en nous pour combler nos attentes et guérir nos blessures.

Frères et sœurs, comme les gens dans la synagogue de Nazareth, gardons les yeux fixés sur Jésus et accueillons sa Parole. Aujourd’hui, méditons-en deux aspects liés entre eux : la Parole révèle Dieu et la Parole conduit à l’homme.

 

Premièrement, la Parole révèle Dieu.

Au début de sa mission, Jésus, en commentant ce passage du prophète Isaïe, annonce un choix précis : Il est venu pour la libération des pauvres et des opprimés. Ainsi, Il nous révèle à travers les Écritures le visage de Dieu comme de celui qui prend soin de notre pauvreté et qui a à cœur notre destin. Il n’est pas un patron dans le ciel, non, non, non, ce n’est pas ça mais un père qui accompagne nos pas. Il n’est pas un homme salvateur froid, détaché et impassible, non, c’est le Dieu avec nous, qui se passionne pour notre vie et s’implique jusqu’à pleurer de nos larmes. Il n’est pas un Dieu neutre, indifférent mais l’esprit brûlant d’un homme pour l’homme qui nous défend, nous conseille, prend position en notre faveur, s’implique et se laisse affecter par notre douleur. Toujours présent, là. Voici la Bonne Nouvelle que Jésus proclame au regard étonné de tous : Dieu est proche et veut prendre soin de moi, de toi, de tous. Voilà le passage, le trait, la proximité de Dieu Lui-même. On peut Le définir comme ça. Lui-même dit au peuple dans le Deutéronome : « Quel Dieu est proche comme Moi, je suis proche de toi ? » Le Dieu proche. Avec cette proximité, compassionnelle, tendre, Il veut te soulager des fardeaux qui t’écrasent, il veut réchauffer le froid de tes hivers, il veut éclairer tes journées sombres, Il veut soutenir tes pas incertains et Il le fait avec sa Parole avec laquelle Il te parle pour raviver l’espoir dans les cendres de tes peurs, pour te faire retrouver la joie dans le labyrinthe de tes tristesses, pour remplir d’espérance l’amertume de ta solitude. Il te fait avancer, non pas dans un labyrinthe mais dans un chemin, tous les jours.

Frères et sœurs, portons-nous dans notre cœur cette image libératrice de Dieu, de Dieu compassionnel, proche, tendre ou bien Le considérons-nous comme un juge rigoureux de notre vie ? Notre foi est-elle porteuse d’espoir et de joie ? Ou est-elle encore travaillée par la peur ? Quel visage de Dieu annonçons-nous dans l’Église ? Le sauveur qui libère et guérit ou le Dieu redoutable qui écrase sous la culpabilité ? Pour nous convertir au vrai Dieu, Jésus nous montre par où commencer : par la Parole. Celle-ci en nous racontant l’histoire de l’amour de Dieu pour nous, nous libère des peurs et des idées préconçues à son sujet qui éteignent la joie de la foi. La Parole vise les fausses idoles, démasque nos projections, détruit les représentations trop humaines de Dieu et nous ramène à son vrai visage, à sa miséricorde. La Parole de Dieu nourrit et renouvelle la foi. Remettons-la au centre de la prière et de la vie spirituelle. Au centre, c’est la Parole !  La Parole qui nous révèle Dieu tel qu’Il est, la Parole qui nous rend proche de Dieu.

 

Et maintenant, le deuxième aspect : la Parole nous conduit à l’homme et à Dieu.

Au moment même où nous découvrons que Dieu est un amour compatissant, nous surmontons la tentation de nous enfermer dans une religiosité sacrale qui se réduit à un culte extérieur, qui ne nous touche ni ne transforme la vie. Cela est de l’idolâtrie cachée, de l’idolâtrie raffinée mais c’est de l’idolâtrie. La Parole nous pousse à sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre de nos frères avec la seule et douce force de l’amour libérateur de Dieu. Dans la synagogue de Nazareth, Jésus nous révèle cela. Il est envoyé à la rencontre des pauvres – que nous sommes nous tous – pour les libérer. Il n’est pas venu remettre une liste de normes ni présider une cérémonie religieuse mais Il est descendu dans les rues du monde pour rencontrer l’humanité blessée, caresser les visages creusés par la souffrance, guérir les cœurs brisés, nous libérer des chaînes qui emprisonnent notre âme. Il nous révèle ainsi quel culte est le plus agréable à Dieu : prendre soin du prochain. Nous devons revenir sur cela. Au moment où dans l’Église, il y a des tentations de la rigidité, c’est une perversion. On croit que louer Dieu, c’est devenir encore plus rigide. Toujours plus de règles, non, ce n’est pas comme ça. Là où il y a de la rigidité, il faut penser tout de suite, c’est une idole, ce n’est pas Dieu, notre Dieu n’est pas comme ça. Frères et sœurs, la Parole de Dieu nous transforme, la rigidité ne nous transforme pas. La Parole nous transforme en pénétrant l’âme comme une épée car si d’un côté, elle console en nous révélant le visage de Dieu, de l’autre, elle nous provoque et nous ébranle en nous ramenant à nos contradictions. Elle ne nous laisse pas tranquilles. Si un monde déchiré par l’injustice fait les frais de cette tranquillité où les plus faibles paient toujours le prix fort, la Parole met en crise nos justifications qui font toujours dépendre ce qui ne va pas d’un autre et des autres. Que de douleurs nous pouvons ressentir en voyant nos frères et sœurs mourir dans la mer parce qu’on ne les laisse pas venir sur nos côtes au nom de Dieu ! Certains font ça au nom de Dieu. La Parole nous invite à sortir, à ne pas nous cacher derrière la complexité des problèmes, derrière l’idée que c’est leur problème. Que puis-je faire, moi ? Je vous exhorte à agir, à lier le culte de Dieu et le soin de l’homme. L’Écriture Sainte ne nous a pas été donnée pour nous divertir, pour nous chouchouter dans une spiritualité angélique mais pour aller à la rencontre des autres et nous approcher de leurs blessures. J’ai parlé de la rigidité, c’est une des tentations de l’Église. Une autre tentation sont les mouvements spirituels gnostiques qui te proposent une Parole de Dieu qui te met en orbite et qui ne te fait pas toucher la réalité. Le Verbe qui s’est fait chair veut s’incarner en nous. La Parole ne fait pas abstraction de la vie mais nous situe, dans toutes les situations de la vie de tous les jours, à l’écoute de la souffrance de nos frères, à l’écoute du cri des pauvres, des violences, des injustices qui blessent la société et la planète, pour que nous ne soyons pas des chrétiens indifférents mais des chrétiens actifs, créatifs, des chrétiens prophétiques. Aujourd’hui, Jésus dit que s’accomplit ce passage de l’Écriture, la Parole veut prendre chair dans le temps que nous vivons et non dans un avenir idéal. Une mystique française du siècle dernier qui avait choisi de vivre l’Évangile dans les périphéries a écrit que la Parole du Seigneur n’est pas une lettre morte, elle est esprit et vie. Elle écrit que ce que la Parole de Dieu exige de nous aujourd’hui est notre aujourd’hui, les circonstances de notre vie quotidienne et les besoins de notre prochain. Demandons-nous donc : voulons-nous imiter Jésus, devenir les ministres de la consolation pour les autres ? Sommes-nous une Église docile à la Parole, une Église à l’écoute des autres, qui s’engage à tendre la main pour libérer nos frères de ce qui les opprime, pour dénouer les nœuds de la peur, pour libérer les plus fragiles des prisons de la pauvreté et de la lassitude intérieure, de la tristesse qui éteint la vie ? Est-ce que nous voulons cela ?

 

Dans cette célébration, certains seront institués lecteurs et catéchistes. Ils sont appelés à la tâche importante de servir l’Évangile de Jésus, de l’annoncer pour que sa consolation, sa joie et sa libération parviennent à tous. C’est aussi la mission de chacun d’entre nous : être des hérauts crédibles, être des prophètes de la Parole dans le monde. Soyons donc passionnés par l’Écriture Sainte, laissons-nous pénétrer par la Parole qui révèle la nouveauté de Dieu et nous conduit à aimer les autres sans nous lasser et mettons la Parole de Dieu au centre de la pastorale et de la vie de l’Église. Ainsi, nous serons libérés du pélagianisme et de ses illusions de spiritualité qui mettent en orbite sans prendre soin de nos frères et sœurs. Écoutons la Parole de Dieu, méditons-la, prions-la, mettons-la en pratique.

  • Medjugorje, thème de l’année 2022 : 

            « Devenez mes disciples, et vous trouverez le repos » (Mt 11, 28-30)

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Auteur : Véronique Havet